En tant qu’universitaire et médecin, vous avez choisi de porter auprès du grand public le documentaire « Ni tabac ni cancer ? ». Pourquoi est-il important, selon vous, que les chercheurs et enseignants-chercheurs s’emparent de ces sujets de prévention et de santé publique ?
L’idée du documentaire était de toucher le public en partageant mon histoire familiale et personnelle. Un récit incarné a beaucoup plus d’impact que des statistiques sur la progression du cancer du poumon dans la population féminine française. Bien qu’étant spécialiste de l’imagerie du cancer du poumon, l’annonce de la maladie chez ma cousine, qui avait 48 ans et fumait depuis l’adolescence, a été chez moi un électrochoc.
Le cancer du poumon n’est pas une abstraction. Ayant moi aussi un passé de fumeuse j’ai réalisé un scanner de dépistage et ai pu être opérée et guérie d’une forme débutante de cancer du poumon. C’est l’autre message du documentaire, mettre l’accent sur l’importance du dépistage par scanner si on est à risque, et le témoignage de participantes à l’étude CASCADE (Dépistage du CAncer du poumon par SCAnner faible DosE chez les femmes) l’appuie très efficacement.
Le tabagisme demeure l’un des principaux facteurs de risque évitables de cancer. Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires de recherche pour mieux comprendre, prévenir et réduire son impact sur la santé ?
Il s’agit d’un enjeu sociétal peut être plus que de recherche : arriver à dénormaliser le tabagisme.
Dans les films, les séries, les scènes de tabagisme persistent et continuent à banaliser le fait de fumer. Il faut arriver à extirper la cigarette de notre société, la « déglamouriser », pour que l’offre ne rencontre plus de demande.
La recherche doit porter sur des stratégies efficaces d’aide au sevrage , en précisant la place de la varénicline par exemple, et en construisant et validant des parcours structurés de soutien au sevrage.
Comment l’université peut-elle contribuer à renforcer la sensibilisation des jeunes générations aux risques liés au tabac, mais aussi à former les futurs professionnels de santé sur ces enjeux ?
Il faut former les étudiants en médecine sur les complications du tabagisme, sur les mécanismes de l’addiction.
La formation également doit porter sur les données épidémiologiques, leur permettant de prendre la mesure de l’importance du problème.
Parler de l’impact écologique peut toucher les plus jeunes, le rapport de l’OMS de Mai 2022 est édifiant.
Nos jeunes médecins doivent être les ambassadeurs qui permettront de construire une nouvelle génération sans tabac.
Les évolutions récentes des usages nicotiniques (cigarette électronique, nouveaux produits, consommation chez les plus jeunes) appellent-elles, selon vous, de nouvelles approches de recherche ou de prévention ?
La cigarette électronique peut aider les fumeurs à se sevrer mais c’est une très mauvaise option pour les non -fumeurs et tout particulièrement pour les adolescents chez lesquels elle va induire une dépendance à la nicotine. Dans certains pays Européens et notamment en Grèce, la prévalence du vapotage chez les adolescents est préoccupante.
À travers votre parcours entre recherche, enseignement et diffusion des connaissances auprès du grand public, quel message souhaiteriez-vous transmettre à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac ?
Il faut encourager les fumeurs dans une démarche de sevrage qui doit être accompagnée lorsque la dépendance est forte, seul (e) c’est difficile d’arrêter de fumer, avec du soutien on y arrive.
Il faut aussi lutter contre les freins que sont la culpabilité, la peur de l’échec, la peur de grossir, la perte d’un plaisir, pour insister sur tous les bénéfices qu’il y a à arrêter de fumer, quelle que soit l’ancienneté et l’importance de son tabagisme.