La récidive : d’un événement visible à un processus biologique surveillé
Quand on parle de récidive du cancer, de quoi parle-t-on exactement aujourd’hui, et en quoi cette notion a-t-elle évolué ces dernières années ?
Parler de récidive du cancer ne se limite plus à constater que « la tumeur est revenue ». Classiquement, la récidive désignait la réapparition de la maladie après un traitement initial, localement, au niveau des ganglions ou sous forme de métastases, généralement à un stade déjà visible à l’imagerie ou symptomatique.
Ces dernières années, cette vision a profondément évolué. Même après un traitement dit curatif, il peut persister un nombre infime de cellules tumorales : on parle de maladie résiduelle minimale. Longtemps indétectable, elle peut aujourd’hui être mise en évidence grâce à des outils très sensibles, notamment l’analyse de l’ADN tumoral circulant, c’est-à-dire des fragments d’ADN libérés par la tumeur et détectables dans le sang.
La récidive n’est donc plus seulement un événement tardif : elle devient un processus biologique que l’on peut surveiller dans le temps. L’enjeu est désormais d’anticiper le risque de rechute, de mieux identifier les patients qui nécessitent un traitement complémentaire, et d’éviter des traitements inutiles lorsque le risque est faible. On passe ainsi à une surveillance plus précoce et personnalisée.
Vous travaillez sur des approches qui visent à agir avant même que la récidive ne soit visible. En quoi cette stratégie change-t-elle la manière de penser les traitements après la chirurgie ?
Agir avant que la récidive ne soit visible grâce à l’ADN tumoral circulant (ADNtc) change profondément la logique des traitements après la chirurgie. L’ADNtc correspond à de petits fragments d’ADN libérés dans le sang par les cellules tumorales, détectables par une simple prise de sang et reflétant la présence d’une maladie résiduelle microscopique.
On ne se base plus uniquement sur des critères statistiques ou anatomopathologiques, mais sur une preuve biologique en temps réel de maladie résiduelle. Cela permet d’anticiper la rechute, d’adapter l’intensité des traitements (traiter plus tôt les patients à risque, éviter un surtraitement inutile chez les autres) et d’entrer dans une approche personnalisée et dynamique, guidée par l’évolution moléculaire de la maladie plutôt que par l’apparition clinique ou radiologique de la récidive.
Immunologie, imagerie, données : pourquoi la combinaison est devenue indispensable
Quand on parle de récidive du cancer, de quoi parle-t-on exactement aujourd’hui, et en quoi cette notion a-t-elle évolué ces dernières années ?
Aujourd’hui, la récidive du cancer ne se définit plus uniquement comme la réapparition clinique ou radiologique d’une tumeur après un traitement initial. Elle englobe aussi la notion de maladie résiduelle minimale, parfois totalement invisible à l’imagerie mais détectable par des outils biologiques de plus en plus sensibles, comme l’ADN tumoral circulant. Ces avancées ont fait évoluer la notion de récidive d’un événement tardif et visible vers un processus biologique précoce, permettant d’identifier un risque de rechute bien avant l’apparition des signes cliniques et d’envisager des stratégies thérapeutiques plus anticipées et personnalisées.
L’immunologie, l’imagerie et l’analyse de données sont de plus en plus étroitement liées en cancérologie. Pourquoi cette approche combinée est-elle devenue indispensable ?
L’approche combinée associant immunologie, imagerie et analyse de données est devenue indispensable en cancérologie car le cancer est une maladie complexe, dynamique et hétérogène, qui ne peut plus être comprise ni traitée à travers un seul prisme. L’immunologie permet de décrypter les interactions entre la tumeur et le système immunitaire, d’identifier les mécanismes d’échappement et de prédire la réponse aux immunothérapies. L’imagerie, de plus en plus fonctionnelle et quantitative, offre une vision spatio-temporelle de la maladie, de son microenvironnement et de sa réponse aux traitements. L’analyse de données, en intégrant des volumes massifs d’informations, rend possible une lecture globale de ces signaux complexes. Cette convergence permet de mieux stratifier les patients, d’anticiper les réponses ou les résistances, et d’adapter les traitements de manière plus fine et personnalisée. Elle est devenue essentielle pour passer d’une oncologie descriptive à une oncologie de précision, prédictive et évolutive.
L’immunologie occupe une place particulière, car le fait que notre système immunitaire soit capable de reconnaître les cellules tumorales et de les contrôler en fait un acteur majeur de la surveillance et de la prévention des récidives. Il existe des tests sanguins capables de mesurer le niveau de reconnaissance des cellules tumorales par le système immunitaire, mais il faut parvenir à les simplifier pour les rendre accessibles au plus grand nombre et en faire un outil de surveillance, au même titre que l’ADNtc.
Journée mondiale contre le cancer : espoir, lucidité… et accès équitable
En cette Journée mondiale contre le cancer, quel message essentiel souhaitez-vous faire passer au public sur les progrès, mais aussi les défis, de la recherche contre les récidives ?
Un message porteur d’espoir et de lucidité : les progrès de la recherche ont profondément transformé notre capacité à comprendre et à anticiper les récidives : nous disposons aujourd’hui d’outils capables de détecter des signaux très précoces de reprise évolutive, parfois bien avant tout symptôme ou image visible. Cela ouvre la voie à des traitements plus personnalisés, mieux ciblés et potentiellement plus efficaces.
Mais ces avancées s’accompagnent de défis majeurs. Il faut encore mieux comprendre la biologie des maladies résiduelles, valider ces nouvelles approches dans de larges études et garantir un accès équitable à l’innovation. La gestion des données, l’acceptabilité des nouveaux outils de suivi et l’accompagnement des patients face à une information plus précoce sur le risque de récidive sont également des enjeux clés. La recherche progresse, mais elle a besoin de temps, de moyens et de confiance collective pour transformer ces avancées scientifiques en bénéfices concrets et durables pour tous les patients.
Merci pour leurs réponses aux :
Pr Pierre Laurent-Puig, Directeur de l’Institut du Cancer Paris Carpem et président du canceropôle Ile de France
Pr Eric Tartour, Chef du Service d’Immunologie, Hôpital Européen Georges Pompidou
Pre Judith Favier, DR 1 Inserm Génétique et métabolisme des cancers rares (PARCC, Paris).